Le développement de compétences langagières et linguistiques est un facteur déterminant dans l’élaboration des processus de communication et de conceptualisation. » BOEN n° 6 du 7/02/2002 Les élèves qui souffrent d’un trouble spécifique du langage qualifié de sévère ne sont pas nombreux mais nous nous devons d’être vigilants car cette difficulté lorsqu’elle persiste a des conséquences graves sur leur développement personnel et scolaire. C’est pourquoi, tout enseignant spécialisé ou non se doit de savoir comment agir dès lors qu’il se trouve devant un élève présentant des manifestations d’un Trouble Spécifique du Langage. Ainsi, je vous présente ce document formalisé par une équipe pluridisciplinaire : pédopsychiatre, médecin de PMI, médecin de l’Éducation Nationale, orthophoniste et autres spécialistes du langage, enseignants, psychologue scolaire, conseillers pédagogiques et inspecteur. Il a été conçu à partir de sources diverses et nombreuses, il est le fruit d’une large concertation. Il se propose de construire une culture commune et partagée sur ces TSL. Il se veut pédagogique au sens où il vise à : • définir les termes de retard et de trouble, • informer sur l’identification et la connaissance des enfants porteurs de ces troubles, • informer les enseignants sur la détection et sur la prévention, • organiser une procédure permettant de faciliter l’action de chacun, • donner les premiers outils de repérage aux enseignants. Ce document cherche à être une aide en direction de chacun des professionnels de l’Éducation Nationale qu’il se situe dans le 1er ou le 2nd degré mais aussi en direction des familles et des partenaires. Pierre Benaych Inspecteur d’Académie de la Mayenne DÉFINITIONS Tout enfant qui « parle » mal doit avoir une évaluation de son langage oral, mais « mal parler » n’est pas toujours synonyme de trouble spécifique du langage. Il est donc nécessaire de définir les quelques termes suivants : On entend par retard un décalage dans l’acquisition d’une fonction, décalage par rapport à des normes attendues pour l’âge. Le retard sous-entend rattrapage et évolution vers la normalisation. Le trouble se définit comme la non-installation ou la désorganisation d’une fonction. Dans le cadre développemental, la mise en place de cette fonction est perturbée. La confusion entre trouble et retard est entretenue par le fait qu’au départ, l’un des premiers signes du trouble de langage est un retard d’acquisition. Mais à l’inverse d’un retard simple qui va s’améliorer avec le temps, le trouble se manifeste également par des formes déviantes du langage, une bizarrerie de construction des mots ou des phrases, le non-respect des stades d’acquisition et une absence de progrès notables dans le temps. Le Trouble Spécifique du Langage signifie que l’origine est développementale, relevant de la non mise en réseau des neurones dévolus au traitement du langage, sans cause psychoaffective ou psychiatrique, sans anomalie sensorielle (surdité notamment) et sans carence majeure de stimulation environnementale. Dans le cadre d’un Trouble spécifique du langage, le trouble serait en rapport avec une configuration cérébrale particulière au niveau des zones du langage. 4 à 6 % des enfants d’une classe d’âge sont concernés par ces troubles et, parmi eux, 1 % présente une forme sévère. L’enseignant n’a pas mission de porter un diagnostic qui relève d’une équipe pluridisciplinaire comprenant au minimum un orthophoniste, un médecin et un psychologue. Toutefois, face à un enfant qui parle « mal », il peut affiner la perception de la difficulté langagière et ainsi avoir une première approche de la gravité. Les difficultés articulatoires ou d’élocution : TYPOLOGIE ET DÉFINITIONS L’enfant prononce mal un ou plusieurs phonèmes (les fameux [ch], [j], [z], [s]) en général en rapport avec une difficulté mécanique de l’organe bucco-phonatoire. Ces difficultés langagières isolées s’amendent généralement spontanément vers 6 ans. 10 % à 20 % d’entre elles qui ne « passent pas » nécessitent une petite rééducation orthophonique mais elles ne mettent jamais l’enfant en difficulté scolaire. Le retard de parole : Le problème se situe au niveau du mot qui va être déformé. L’enfant prononce bien les phonèmes mais déforme au point que son langage peut être parfois peu intelligible. Ainsi l’enfant qui déforme de nombreux mots et dit, par exemple, « tacalogue » pour « catalogue », « crain » pour « train » ou « coholat » ou lieu de « chocolat ». Il n’a pas de difficulté d’élocution mais un retard de parole. Le retard de langage : Il s’agit d’une altération portant sur la structure de la phrase. Dans le pire des cas, nous ne comprenons pas ce que dit l’enfant. Ce retard de langage peut s’accompagner d’un retard de parole comme «pri a bro a tab moi » pour « j’ai pris la brosse sur la table » (syntaxe non respectée + déformation des sons dans les mots) ou ne pas s’accompagner d’un retard de parole comme dans «la brosse moi va prendre » (phonologie correcte mais syntaxe incorrecte). Le retard de langage « simple » doit par définition s’amender avec l’âge (il ne persiste pas après 6 ans) et surtout ne comporte pas de formes déviantes «flute » devient «slufe».
Le trouble spécifique du langage oral : La dysphasie se manifeste par un retard de langage et des altérations déviantes des composantes phonologiques (sons des mots), syntaxiques (structure des phrases), sémantiques (sens donné aux mots et aux phrases) ou pragmatiques (utilisation du langage selon le contexte). La dysphasie se définit comme un trouble sévère et durable de l’acquisition du langage oral chez un enfant indemne de trouble neurologique, sensitivo-moteur ou sensoriel ou psychiatrique. Il existe une atteinte du versant expressif du langage (ce que l’enfant produit) et / ou du versant réceptif (ce que l’enfant comprend). On retrouve pour ces enfants une rupture de l’évolution chronologique des étapes du développement normal du langage, et des formes aberrantes qui peuvent coexister avec des formes correctes du langage. Le trouble spécifique du langage écrit : La dyslexie se définit comme la difficulté durable d’apprentissage de la lecture et d’acquisition de son automatisme chez un enfant normalement intelligent, indemne de troubles sensoriels ou psychologiques. Tout enfant qui lit et orthographie mal n’est pas nécessairement un enfant atteint de dyslexie. Un élève peut souffrir de dyslexie et doit bénéficier d’une évaluation de son langage écrit, si ses capacités de compréhension sont préservées mais s’il reste lent et peine à lire sans erreurs, s’il fait des fautes systématiques et s’il ne progresse pas ou peu.
Mieux prévenir en maternelle PRÉVENIR IDENTIFIER INFORMER Intégrer et prendre en compte, dans l’élaboration des nouveaux programmes, les recommandations relatives à la différenciation pédagogique, aux objectifs d’apprentissage de la langue orale et à l’évaluation des compétences des élèves. Utiliser les outils d’évaluation pour le langage oral et l’entrée dans le langage écrit en GS et CP ainsi que certains items des évaluations CE2 et 6°. Mieux identifier les enfants porteurs d’un trouble spécifique du langage oral et écrit ♣ Organiser et dépister les troubles spécifiques du langage par les médecins des services de PMI à 3-4 ans et par les médecins de l’éducation nationale à 5-6 ans à partir de tests pour chaque âge nationalement recommandés et en tenant compte d’informations fournies par l’enseignant, la famille, les membres des RASED. ♣ Créer une convention cadre entre l’Inspecteur d’Académie Directeur des Services Départementaux de l’Éducation Nationale et le président du Conseil Général précisant les modalités d’intervention et de collaboration des équipes de PMI, des médecins scolaires, des RASED, des enseignants et des autres professionnels de l’enseignement. ♣ Utiliser les outils d’évaluation pour le langage oral et l’entrée dans le langage écrit en GS et CP ainsi que certains items des évaluations CE2 et 6°. ♣ Identifier dans le département un réseau de professionnels de santé permettant de construire un diagnostic, de proposer des modes de prise en charge et d’envisager des études ou des recherches sur l’évaluation de ces prises en charge.
Mieux prendre en charge ♣ Développer des dispositifs collectifs de scolarisation pour les enfants présentant des TSL reconnus sévères au niveau du 1er et 2nd degrés structurés autour d’un projet pédagogique spécifique. ♣ Aménager les conditions de passation des examens tout en assurant le respect de l’anonymat. ♣ Réévaluer les dispositifs médico-social et sanitaire concernés pour mieux définir le rôle dans les réponses à proposer aux enfants porteurs de TSL : travailler en partenariat avec la DDASS. ♣ Donner des consignes aux commissions spécialisées relatives à l’évaluation des besoins des jeunes porteurs de TSL. Mieux informer, former, rechercher, évaluer ♣ Elaborer un plan de communication vis-à-vis du public et des professionnels éducatifs, sanitaires et sociaux sur l’existence de ces troubles, leur prévalence, les indicateurs et les outils permettant de les repérer ainsi que sur les possibilités de prise en charge. ♣ Intégrer à la formation initiale des enseignants du 1er et 2nd degrés un module sur les TSL ainsi que dans la formation continue. ♣ Conforter dans la formation initiale spécialisée option E (maîtres spécialisés à dominante pédagogique), G (maîtres spécialisés à dominante rééducative) et F (enseignants spécialisés de SEGPA) par la prise en compte des difficultés d’apprentissage du langage oral et écrit. ♣ Développer un pôle de ressources documentaires.
REPÉRER DÉPISTER DIAGNOSTIQUER Repérer c’est remarquer, porter une attention particulière aux difficultés relatives du langage oral et écrit. Si un enfant ne s’exprime pas : il est nécessaire d’analyser la situation en équipe d’enseignants, questionner la famille, interpeller le RASED, informer le médecin de la PMI (enfant de moins de 4 ans) ou le médecin scolaire (enfant de plus de 4 ans). Evaluer les compétences dans le domaine de la langue orale à partir des évaluations GS/CP. Il faut être attentif aux items : Repérer espace/temps (lexique spatial), Comprendre une consigne simple, Reconstituer la structure du récit, Evaluer la conscience phonologique et la discrimination auditive. Si un élève présente des difficultés à l’oral : après une analyse au sein de l’équipe enseignante, il faut interpeller le RASED et le médecin scolaire. Dépister c’est identifier des sujets porteurs d’une anomalie donnée pour prendre des mesures préventives ou thérapeutiques Le médecin PMI utilise la ERTL 4 si celle-ci est perturbée, une visite médicale est préconisée et une consultation spécialisée peut être proposée au CAMSP, chez un orthophoniste… Le médecin scolaire utilise les outils comme le BSEDS, il s’agit d’un bilan de santé et d’Evaluation du Développement par la scolarité avec des tests de vision et en lien avec l’enseignant : motricité, graphisme, attention, langage oral, repérage des lettres, discrimination auditive (confusion de sons), test de vocabulaire, test de compréhension orale, conscience phonologique (rimes), comptage/suppression syllabique, logatomes… La BREV : Batterie Rapide d’EValuation des Fonctions cognitives, l’ODÉDYS ‘Outils de DÉpistage de DYSlexie). Le psychologue scolaire évalue l’efficience intellectuelle : il utilise principalement des tests comme la WPPSI-III (depuis mai 2004) (échelle d’intelligence de Wechsler pour la période pré-scolaire et primaire) de 2 ans 6 mois à 7 ans 3 mois, La WISC-III ou la WISC-IV (à partir de juin 2005) (échelle d’intelligence de Wechsler pour enfants et adolescents) de 6 ans à 16 ans 11 mois, L’EDEIR-R (échelles différentielles déficiences intellectuelles) de Perron-Borelli de 3 ans à 9 ans, Et enfin le K-ABC de Kaufman( batterie pour l’examen psychologique de l’enfant) de 2 ans6 mois à 12 ans 6 mois. L’orthophoniste : effectue, selon la demande, un bilan de langage oral, un bilan d’aptitudes à l’acquisition du langage écrit ou un bilan du langage écrit. o Le bilan du langage oral évalue le versant réception (compréhension lexicale et syntaxique) et le versant expression (articulation, parole et la mémoire). o Le bilan d’aptitudes à l’acquisition du langage écrit évalue les mêmes versants ainsi que le traitement visio- attentionnel, la métaphonologie et la mémoire. o Le bilan du langage écrit évalue les perceptions (visuelles et auditives), le traitement visio-attentionnel, la métaphonologie, la mémoire, la lecture et la transcription écrite. o Le bilan consiste en un entretien, une anamnèse et des tests standardisés Diagnostiquer c’est préciser le caractère spécifique du trouble et sa sévérité, éliminer ou préciser un éventuel trouble associé. Ce diagnostic permettra de poser des modalités de prise en charge. Si un enfant présente une évaluation qui questionne l’ensemble des professionnels (enseignants, enseignants spécialisés, psychologue scolaire, médecin PMI ou scolaire, orthophoniste, professionnels du CAMSP, CMP, CMPP…) une équipe éducative se met en place avec ceux qui ont rencontré l’enfant ainsi que sa famille. Le compte rendu de l’équipe éducative sera envoyé au secrétaire de commission de circonscription pour envoi à la CDES. A l’issue des investigations réalisées les parents sont invités, si nécessaire, à consulter pour leur enfant des professionnels de santé afin qu’un diagnostic soit établi. Ce diagnostic pluridisciplinaire s’appuie toujours sur un bilan médical, orthophonique et psychologique afin d’éliminer tout déficit sensoriel, pathologie, trouble cognitif non verbal, trouble envahissant du développement ou des carences importantes dans l’environnement de l’enfant. Il doit permettre de préciser le caractère spécifique du trouble et sa sévérité, d’éliminer ou de préciser un éventuel trouble associé et d’indiquer les modalités de prise en charge. Ces bilans peuvent être faits en ville auprès de professionnels de santé ou, pour les cas complexes, dans des centres de référence (Nantes – Tours – Angers – Rennes).
COMMENT INTERVENIR DEVANT UN ENFANT EN DIFFICULTÉ DE LANGAGE | REPERAGE | DEPISTAGE | DIAGNOSTIC | FAMILLE ENSEIGNANT Fiche BSEDS Évaluation GS/CP Évaluations CE2 RASED Enseignants spécialisés E et G | DEPISTAGE MÉDECINS de PMI Bilan 3 / 4 ans MÉDECINS de l’ÉN Bilan 5 / 6 ans Examens à la demande PSYCHOLOGUES SCOLAIRES ORTHOPHONISTES
| RESSOURCES DÉPARTEMENTALES Et/ou CENTRE DE RÉFÉRENCE
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ÉQUIPE ÉDUCATIVE Saisine à la Commission d’Éducation Spéciale pour orientations possibles : - CLIS, UPI Classe ordinaire avec projet individualisé et aide Etablissement spécialisé
Service de soins LES OUTILS DE RÉPERAGE DE L’ENSEIGNANT REPÉRER ÉDUCATION NATIONALE SCOLAIRE Évaluations GS / CP Repérage espace / temps (lexique spatial) Comprendre une consigne simple Reconstituer la structure du récit (Le chaperon rouge) Evaluation de la conscience phonologique + discrimination auditive. Évaluation de début de CE2 Compréhension orale et écrite Reconnaissance de mots Production d’écrit Orientation temporo-spatiale Attention. POINTS DE REPERES DE LA CONSTRUCTION DU LANGAGE ORAL Âge
| Production | Compréhension | Communication extra-linguistique | 2 à 3 mois | Gazouillis : « aheu »… Vocalise : « are,re »… | … Réagit à la présence
| Sourire intentionnel
| | 8 à 10 mois | Babillage : « mama », dada », « tata » Répète des syllabes
| Comprend certains gestes quotidiens (prise de manteau…)
| Fait des gestes comme « au revoir », « bravo », « coucou »…
| 12 mois | 12 mois Premiers mots : papa, maman… Mots phrases : « bobo », « ouaoua »…
| Comprend des phrases simples. Reconnaît de 10 à 100 mots.
| Mimique adaptée à la situation. | | 18 mois | Dit 10 à 150 mots Fait de petites phrases en associant deux mots Dit « non » Nomme une image usuelle : « chien, voiture, gâteau… » | Comprend de nombreux mots de la vie courante Suit les ordres simples : « donne », « viens »…
| Suit les ordres simples : « donne », « viens »… | 18 mois à 2 ans
| Explosion du vocabulaire | | | | 2ans | Dit de 100 à 300 mots Fait des phrases de 3 mots avec verbe et adjectif.
| Comprend certaines locutions temporelles et spatiales (ex : haut, bas, dedans, dehors, sur, dans, avant, après
| Montre une image Montre les 5 parties du corps |
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